La vieille photo

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S’il y a une rubrique que j’aime lire avec émotion, c’est celle de la Vieille photo de Camille. Cette semaine j’ai lu les billets où, à leur tour, Eve, Elisa et Paulette ont ressorti leurs vieilles photos chacune. J’ai été touchée. Aux larmes parfois. J’ai eu envie moi aussi de faire quelque chose que je ne fais pratiquement jamais.

Repenser 5 min à mon enfance.  Juste 5 minutes.

Une enfance pas très gaie (n’en déplaise à ma famille quand je dis ça mais c’est ma vérité). Une enfance ballotée. Des disputes. Des changements. Des déménagements. Des bouleversements. Des choses que des enfants de 5-6 ans n’ont pas à vivre. Alors pour mettre un cadre à tout ça c’est ma grand-mère qui va m’élever. Avec elle j’ai des repères. Mes repères d’enfants, en attendant que je me construise sur un tas de ruines et de désillusion.

Alors voilà, sur ma vieille photo, on est en août 1987, en Croatie.
Je passe le premier été sans ma maman. En juillet je suis partie avec elle à la montagne. En août, je passe un mois avec mon papa. C’est la première fois que je suis loin d’elle si longtemps. Mes parents ont divorcé l’année dernière. Tout est très chaotique pour moi petite fille timide, sage et facile. Je rêve qu’elle vienne nous rejoindre mais ce n’est pas possible. Je ne pose aucun souci à mes parents, le climat étant déjà difficile je m’efface très bien. Je suis le rythme imposé par la juge. Un weekend sur deux avec mon papa et la moitié des vacances scolaires. Oui mais c’est dur quand on est si petite.
Mon père a invité sa cousine à passer quelque temps avec nous. Il se dit probablement qu’une présence féminine peut m’aider à appréhender cet été qu’on va passer lui et moi. Le premier. Elle est très gentille mais on ne parle pas la même langue, nos échanges sont donc brefs.
Là on a passé la journée à la mer. En descendant sur le chemin de la plage on s’est arrêté et on a dégusté des prunes. A la plage, je ne suis pas encore habituée, les galets me font mal aux pieds. Ça fait rire mon père. Pas moi. En rentrant de la plage mon père m’a acheté des chewing-gum au nom exotique « Chunga Lunga ». Les Malabar locaux. Là j’ai pris ma douche, j’ai les cheveux débarrassés du sel de la journée. On dîne sous le figuier. De la soupe comme tous les soirs. J’ai fait la tête au début mais finalement j’aime bien, malgré la chaleur. Ce soir il y a des crêpes à la marmelade. Je suis étonnée car ici on roule les crêpes, alors que ma grand-mère bretonne les plie. Tout à l’heure on ira manger une glace. Une banana split. Comme tous les soirs quand la nuit tombe.
Après je m’endormirai, triste, et les yeux mouillés. Pas sûre que je fasse de beaux rêves. Pas une fois je n’évoque ma maman qui me manque. Je n’ai même pas le souvenir qu’elle m’appelle. Mon père a du être ferme. Ce sont SES vacances avec moi. Elle est sûrement triste à quelques milliers de kilomètres, mais je ne le sais pas, je l’imagine. Bientôt l’été va se terminer. Oui je rigole avec mon papa, mais ce n’est plus comme avant. J’aime cette photo car elle respire l’été et la dureté de la vie que je supporte, avec mes petites épaules d’enfant qui subit un schéma de vie que je n’ai pas choisi. Je n’ai pas encore le droit de prendre des décisions, sinon je n’aurais pas choisi de passer un été comme celui-ci. Alors je rêve et je n’en ai qu’un seul, un très gros : oublier cette année et faire un bond dans le passé. Pas étonnant que je sois si nostalgique à l’âge adulte.  L’été 1987. L’été de mes 7 ans. L’âge de raison et celui de comprendre.

18 Comments

  1. Soliloke 18 décembre 2014

    Je ne suis pas une enfant du divorce mais ma mère l’a été et c’est toujours resté une blessure pour elle. A travers tes mots, je retrouve un peu les siens et ça me touche beaucoup… Merci pour ton si beau texte.

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    • nanikaa 20 décembre 2014

      Oui j’imagine que ça reste une blessure à jamais pour ta maman, on n’oublie rien.

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  2. Virginie 19 décembre 2014

    Très joli texte, rempli d’émotion… Très touchant
    Merci de nous faire partager des souvenirs de ton enfance, si personnels.

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    • nanikaa 20 décembre 2014

      Oui j’ai un peu conscience que c’est personnel mais il fallait que ça sorte.

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  3. mzelle-fraise 19 décembre 2014

    Il est franc et dur ton texte, sûrement beaucoup moins que la situation, mais très beau, il m’a beaucoup touchée. Merci de l’avoir partagé avec des mots si justes.

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    • nanikaa 20 décembre 2014

      Merci Johanna <3

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  4. laurene 19 décembre 2014

    Ton texte est très touchant. Je fais un peu « gloups » en le lisant mais je suis aussi admirative de cette manière franche et honnête de faire le point sur un ressenti, de le laisser être le tien, sans vouloir le raisonner ou l’amoindrir pour préserver l’image, différente, si ce n’est faussée, que peuvent avoir les proches d’une telle situation. J’imagine que tu dois aussi, en ce moment, rechercher beaucoup les souvenirs de tes 2 ans ;)

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    • nanikaa 20 décembre 2014

      J’ai cherché une photo de moi à l’âge de ma fille mais aucune ne me plaisait, et j’en ai peu. Et en tombant sur celle-là, tellement de choses sont revenues d’un coup. Même le gout de cette marmelade m’est revenue en bouche… Le bon comme le mauvais revient, on n’oublie pas tout.

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  5. solenne 19 décembre 2014

    dans mes bras mon p’tit poulet <3 <3

    je me rassure en me disant qu'aujourd'hui les choses sont bien différentes, les enfants sont moins ballottés, les périodes de séparation sont moins longues, les papas sont plus intimes…

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    • nanikaa 20 décembre 2014

      Oh je savais pas Solenne, alors je te serre aussi fort dans mes bras <3
      Tu as certainement raison, les enfants sont probablement plus préservés de nos jours qu'il y a 30 ans mais ça n'en reste pas moins douloureux pour eux.

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  6. Violette 19 décembre 2014

    Il est très très beau ton texte. Il est dur et doux à la fois, je suis super émue.

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    • nanikaa 20 décembre 2014

      Merci Violette. Tu sais, « Les paradis perdus » m’ont fait pleurer. J’ai basculé, en lisant ton texte, dans mon enfance, j’y ai beaucoup pensé. J’ai pensé à ta fille, à toi, à ces moments qu’il faut partager. Je te souhaite malgré tout de bonnes fêtes, et vivement le mois de janvier que tu retrouves tendrement ta Douce.

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  7. Camille 20 décembre 2014

    Il est beau, ce texte.

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    • nanikaa 20 décembre 2014

      Merci Camille <3

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  8. Eliabar 22 décembre 2014

    et les larmes qui roulent.

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  9. Katia 23 décembre 2014

    Quel beau texte, vraiment, plein de franchise et de vérités…

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  10. La fée d'Alia 27 décembre 2014

    Moi aussi je suis touchée en lisant tes propos… Je me rends compte que je suis très chanceuse d’avoir eu une enfance « normale », avec un papa et une maman ensemble… Mais tu sais quoi ? Je pense que ces blessures, ces déchirures… Ont fait de toi la personne que tu es aujourd’hui… Et je ne te connais pas, mais, à lire tes mots, je te sens forte, déterminée, invicible… Un trait de charactère que j’aimerai avoir, moi le grande timide complexée… J’espère que maintenant, les moments de bonheur ont pu remplacer cette tristesse qu’aucun enfant ne devrait connaitre… Pas l’effacer, car c’est impoSible… Mais je te souhaite tout le bonheur possible sur terre… Bises et douces pensées !

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  11. solenne 31 décembre 2014

    je suis venue relire ce billet, pour clore 2014 ;)
    c’est fou cette mémoire que tu as, ces souvenirs intacts ! moi je suis incapable de me rappeler les choses comme tu le fais…
    un point commun, je me rappelle la chaleur du foyer de ma grand mère adorée. et son regard bienveillant à mon égard, en toute circonstance, pendant des dizaines d’années…
    jusqu’à cette année 2014,
    bad year indeed !

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